11/11 Et ça vous azimut ?

Le récit vrai, véridique, vécu, d’un gars qu’avait jamais fait de l’orientation et qui prendra un mois de RTT avant de recommencer.

 

Il me fallut attendre le 11 novembre 2006, à 31 ans, pour découvrir enfin comment marchait ce zinzin appelé boussole, qui aidait visiblement beaucoup de monde à s’y retrouver alors que l’objet me laissait toujours sans repères. Grâce à Fred, le mystère fut donc enfin levé samedi. J’appris durant la matinée ce qu’était un azimut, je réussis à me mettre sur la même longueur d’onde que les degrés de mes voisins et je découvris que les cartes IGN avaient des ours alors que ceux-ci avaient déserté nos montagnes depuis longtemps. Bref, plein de nouvelles connaissances.

Fort de tout cela, j’entrepris de participer à l’exercice nocturne du soir même. Fred était rassurant. « Un p’tit exercice avec pas plus de 5 balises chacun, à faire en trois heures mais les premiers ne devraient pas mettre plus d’une heure. »

Et mieux valait qu’il soit rassurant vu la météo : du froid, de la pluie, de la nuit. Ca faisait beaucoup pour des orientés d’un premier jour. Bon, d’accord, la plupart connaissaient bien le terrain. C’était mon cas. C’est peut être pour ça que j’ai vite pris peur en recevant ma feuille de route (ça aussi c’est un terme que j’ai appris samedi. Faut montrer qu’on a retenu des trucs).

 Car, à 17h30, l’ambiance était moins enjouée. « Dis Fred, y a pas une erreur là ? Ma première balise est aux Grabilles, la dernière à Lady. » Non, non, pas d’erreur confirme-t-il. Ha bon ? Parce que Lady, c’est à Megève, sous le téléphérique de Rochebrune. Et les Grabilles, c’est presque à Flumet.
Je ne suis pas le seul à m’inquiéter. Même si chacun a un parcours différent, il y a toujours des balises bien éloignées. Fred lance alors un salvateur « mais la voiture n’est pas interdite ». Ouf, d’autant que j’ai hérité du parcours le plus long. Mais alors que je me dirige vers ma Mégane, Sophie me fait les yeux ronds. « Tu vas pas prendre la voiture non ? C’est pas sport ! Faut faire ça dans les règles ! ».

 Une trésorière ça vous fait filer droit. Surtout celle-ci, très à cheval sur les principes (de cheval, je vous en reparlerai un peu plus loin). « Bon ben on y va à pied alors… » (air pas convaincu).

 18h. Les premiers 500 mètres se passent bien. Je trottine aux côtés de Sophie car sa première balise est sur le même parcours que moi. Je la laisse au pont de la Rosière. Et là, le plus dur commence : la montée.  Non seulement je n’ai plus de jolie fille à mes côtés (ça déroute) mais, en plus, j’entame tout à coup 180 mètres de dénivelé. Pour les coureurs, c’est de la rigolade. Mais pour un grimpeur… Durant la montée, je croise quelques voitures. Pourvu qu’ils ne me reconnaissent pas sinon ma réputation est faite. « Dis donc, t’a vu le directeur de l’office ? Il s’arrange pas celui là. Il coure la nuit sous la flotte avec une pochette plastique à la main. P’têt qui prépare la candidature de Praz à Interville ? »

 J’essaie de ne pas y penser. Une demi-heure plus tard, je suis sur le parking indiqué par ma carte. Mais où est cette f… balise ?!! Je fais le tour, je relis la carte. Je suis bien au bon endroit. Je peste contre tout le monde : Fred, la pluie, Sophie, moi. Mais ça ne sert à rien. Je me dit que soit quelqu’un l’a piquée (les idiots, ça coure les chemins), soit qu’elle n’est pas là où elle devrait être. Je pousse jusque chez René Marc au cas où. Rien de plus. Bon, demi-tour et je re-peste contre tout le monde. Monter une demi-heure pour ne rien trouver, ça décourage.

 Finalement, je trouve la balise au premier parking. « Fred, on en reparlera à l’arrivée ! »
Ma balise suivante est vers Potty. Quel bonheur, c’est à l’autre bout du village ! Je coupe à travers champs en espérant ne pas faire la version nocturne de la Petite Maison dans la Prairie (en d’autres termes, ne pas se casser la g…). Je croise quelques vaches et je rejoins vite les Varins.

La lampe me lâche. Le temps de trouver un chalet pour s’abriter, je re-re-peste et je change cette pile avant de reprendre le chemin des prés. Là encore, pourvu que les voisins ne me voient pas !

 La nouvelle montée est déjà là. Moins longue mais plus boueuse. C’est bien, c’est varié, me dis-je. Je trouve vite l’avenue Claude Lelouch puis la ferme de Dominique Pellissier. La balise n’est plus très loin. Il est 19h15 quand je la découvre. La suivante est juste un peu plus bas. J’en coure de bonheur. Un bonheur un peu coupé par les parcs et les vaches. Je croise Laurence et Rudy puis Patrick et Jean-Marc. Ca fait du bien de trouver un peu de présence amicale après plus d’une heure de solitude nocturne.

 19h30. Je suis à Cassioz. Il me reste une heure pour trouver mes deux dernières balises. Et une nouvelle montée au programme. Je file à nouveau à travers champs en espérant que les lumières que j’aperçois sont bien celles du hameau inscrit sur la carte. Le pré est celui d’un agriculteur consciencieux. Il a bien étalé le fumier partout, j’en respire une bouffée juste pour le plaisir. Je croise encore des vaches qui m’observent. Décidément, y a pas beaucoup d’autres êtres vivants sur cette planète. C’est lassant, me dis-je.  J’aurai peut-être dû me taire…

 J’atteint le hameau, bien essoufflé. Et je n’ai déjà plus d’eau. Je passe entre deux propriétés privés en priant pour que les chiens soient bien à l’intérieur (mais par ce froid, qui traînerait dehors, je vous demande hein !??). Passant sous les fils d’un parc, je file sur mon objectif lorsque – soudain – un «  ding ding » se fait entendre dans la nuit. Je tourne ma lampe vers le bruit. Et là, j’aperçois cinq chevaux qui fonce vers moi. De deux choses l’une : soit ils viennent m’accueillir dans un joyeux et amical élan, soit j’ai piétiné leur territoire et ils feront de même avec moi. Mon esprit habituellement curieux opte pour… la fuite. Rien de tel qu’un troupeau de chevaux pour vous faire réaliser un beau sprint de nuit, sur terrain pentu et glissant sans vous casser la figure ! Une fois passé à nouveau sous les fils du parc, je souffle et je re-re-re-peste. L’enclos m’oblige à un détour et mes amis chevaux surveillent mes pas.
Je contourne donc l’ennemi qui fini par se désintéresser de moi.

 J’arrive enfin à hauteur de la route où se trouvent mes deux dernières balises. Pas de bol, faut encore retraverser l’enclos de mes amis les canassons. J’y vais donc discrètement et, nonobstant la menace équestre, je cours à grandes enjambées jusqu’à la ferme, dernier obstacle avant la route.

 Là encore, discrétion maximale au cas où le chien du fermier fasse des heures supplémentaires. Mais non, l’horizon est dégagé. Il est 20h15, je trouve enfin mes dernières balises, sourire aux lèvres. Ha ha, on ne me l’a fait pas à moi ! C’était pas si dur ce truc ! Quelle bande de rigolos ceux qui ont pris une bagnole, vraiment ! Je médite ainsi ma victoire en regagnant le hameau de Cassioz. J’espère que j’aurai l’ordre du mérite après un truc pareil. Un président claudiquant (le genou n’a pas aimé la course d’équitation), trempé, rentrant à pied après la traversée de territoires hostiles, ça sonne bien. C’est alors le téléphone qui sonne. Sophie vient aux nouvelles. Il ne manque plus que moi. On m’envoie alors une voiture et c’est dans une Partner que je fais mon arrivée sur la place de la Mairie, soulagé mais aussi satisfait d’avoir été au bout. Je remercie finalement Sophie de m’y avoir poussé. On se surprend parfois soi-même. Et j’en profite pour applaudir Sophie et Manu qui, eux aussi, ont tout fait à pied. Voilà de sacrés souvenirs. Assez pour dire « à refaire » ? Là, faudrait peut être pas pousser quand même !

 Yann

 

 

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s